Selon une enquête de l’institut Viavoice réalisée pour la CGT, le malaise des «cols blancs» est toujours fort, à cause notamment du débordement de la vie professionnelle sur la vie privée.

Il est rare que les cadres manifestent dans la rue. Certes, ils ne sont pas les plus à plaindre dans la société française actuelle et leurs difficultés peuvent passer pour des « problèmes de riches ». Pourtant, le silence des « gradés » de l’entreprise n’est semble-t-il qu’une façade. Manque de reconnaissance, pratiques managériales détériorées… Le malaise est toujours bien présent dans leurs rangs, et particulièrement dans la fonction publique, comme le révèle cette année le baromètre de l’institut Viavoice (mis en place depuis 2012) réalisé en mars pour l’Ugict-CGT, à l’occasion de son congrès, et le cabinet Secafi, dont nous dévoilons les grandes lignes.

A tous les échelons. Experts, chefs de projet et managers font aujourd’hui un constat alarmant : la charge de travail (pour 62 % des interrogés) et la durée du travail (51 %) ne cessent d’augmenter. Une tendance observée depuis 2012, mais qui s’accroît particulièrement chez les cadres de la fonction publique où l’«instabilité des organisations et les réorganisations incessantes, ainsi que le non-remplacement des départs en retraite participent à cette surcharge de travail» pointe le syndicat CGT des cadres. Quant aux horaires, près d’un sondé sur deux (46 %) tous secteurs confondus déclare travailler plus de 45 heures par semaine. De quoi expliquer de fortes insatisfactions, notamment la grogne sur le pouvoir d’achat au sein des cadres de la fonction publique.

Au bureau comme à la maison. De plus en plus fréquemment, franchi la porte de l’entreprise, une grande majorité (60 %) des cadres disent consacrer une partie de leur temps de repos à leurs dossiers en cours. 26 % déclarent le faire « souvent » surtout au sein des cadres de la fonction publique et 34 % « de temps en temps ». Ce débordement sur la vie privée que ce soit le soir, le week-end et pendant les vacances, appelé « disponibilité extensive » par les spécialistes du travail, est favorisé « par un certain type de management, le développement des forfaits jours et la mauvaise utilisation des outils numériques » met en avant la CGT. D’où cette aspiration majoritaire des cols blancs à disposer d’un droit à la déconnexion, un an après l’entrée en vigueur de la loi, qui a introduit cette obligation de négociation, quelle que soit la taille de l’entreprise ou le secteur d’activité.

La maladie de l’éthique. Autre malaise silencieux qui ressort de cette étude, un cadre sur deux se dit confronté aux choix et pratiques de l’entreprise ou l’administration pour laquelle il travaille. Une fois encore, les gradés de la fonction publique sont les plus nombreux à se dire régulièrement en contradiction avec leur éthique professionnelle, lorsqu’il s’agit de mettre en œuvre les décisions de leur direction.

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